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La musique dans le bassin minier : dossier pédagogique d’accompagnement à la sortie au centre historique minier de Lewarde

VISITE AU CENTRE HISTORIQUE MINIER DE

 LEWARDE 

La musique dans le bassin minier

sources documentaires: centre minier de Lewarde

remerciements à Michel Wisniewski, CPEM honoraire, Didier Louchet, CPEM

 

défiléLa Région Nord-Pas-de-Calais est une terre de musique depuis très longtemps. Aujourd’hui encore, au sein de la Confédération Musicale de France, elle est de très loin celle qui compte le plus de sociétés fédérées. Cette tradition populaire et ouvrière, plus que centenaire, est liée à la présence des industries et notamment à l’exploitation minière.

 

A partir du XIXe siècle, le bassin minier a été le creuset d’un important développement de sociétés musicales prenant la forme d’orphéons, d’harmonies, de fanfares, de batteries-fanfares ou encore de chorales. Au début, elles regroupent un petit nombre de passionnés de musique, des amateurs, des hommes exclusivement, souvent de la même classe sociale. C’est un moyen pour eux de s’évader du quotidien, de se retrouver unis autour d’une même passion, de se distinguer en affirmant leur appartenance à une profession ou à une localité et enfin, de s’élever socialement par le biais d’allocations supplémentaires.

Les directeurs des compagnies minières ou les maires y voient, quant à eux, un moyen de cohésion et de paix sociale, autant que de promotion, de prestige et de développement culturel.

En 1860, la plupart des communes minières possèdent au moins une société musicale. Très bien organisée, celle-ci prend tout en charge : du prêt d’instrument et du costume, aux frais de déplacements et aux primes d’assiduité aux répétitions. En contrepartie, l’appartenance à la société entraîne discipline et rigueur. Les musiciens sont de toutes les manifestations et sorties et portent haut le prestige de la compagnie, de l’usine ou de la commune.

 

Aujourd’hui, le bassin minier garde encore les traces de ce riche passé. Malgré les guerres, la désindustrialisation, la fermeture des mines et le développement des distractions modernes, ce grand mouvement témoigne d’une vivacité remarquable. Des centaines de formations contribuent à perpétuer cette tradition populaire liée au monde du travail.

élèves

Une pratique quotidienne

L’enseignement musical en école primaire connaît ses balbutiements au début du XIXe siècle grâce à l’initiative d’un homme, L.G. Bocquillon dit Wilhem. Il s’agissait alors d’inculquer des rudiments musicaux aux enfants et de développer ainsi la pratique populaire. Par la suite, la création des sociétés et le désir de participer à l’activité musicale entraîna la création d’écoles de musique destinées à former de futurs exécutants, car avant de jouer dans la formation, les élèves doivent suivre un long apprentissage de la musique.

Dans les écoles de musique, l’enseignement est gratuit ; les instruments et les manuels d’apprentissage sont prêtés aux enfants. Les professeurs, souvent le chef de musique ou des enseignants spécialement recrutés, dispensent des cours de solfège et d’instruments. A la fin de chaque année, des examens sanctionnent le passage dans les classes supérieures et des diplômes et des prix sont remis aux élèves méritants.

examen

Les musiciens, quant à eux, participent une ou deux fois par semaine aux répétitions organisées par la Société. Celles-ci sont obligatoires et durent en moyenne une heure trente à deux heures. Un pointage scrupuleux est réalisé qui donne lieu pour les absents à des amendes pouvant aller jusqu’à l’exclusion et pour les autres, à des primes d’assiduité.

Des répétitions extraordinaires sont parfois organisées lorsque les formations préparent un déplacement particulier, un festival ou un concours.

Chaque année et afin de motiver et de récompenser les musiciens de leur engagement, la Société, par le biais de la Fédération des Sociétés Musicales du Nord et du Pas-de-Calais, décerne diplômes et médailles, le plus souvent lors de la fête de Sainte Cécile.

défilé

 

Un calendrier bien rempli

Etre membre de la société oblige chaque musicien à être présent lors des nombreuses manifestations qui ponctuent l’année, faute de quoi, il s’expose à des sanctions.

Le calendrier est chargé entre les défilés, les concerts, les sorties, les participations aux festivals et aux concours.

Les sociétés se doivent d’abord de participer aux fêtes nationales comme les armistices et aux commémorations qui rythment la vie de la commune ou de la compagnie. Des défilés plus festifs donnent lieu parfois à des aubades à travers la ville ou la cité. Les fêtes de Sainte Cécile, patronne des musiciens et de Sainte Barbe, patronne des mineurs, sont des moments phares pour tout musicien. La société participe d’abord à une messe de célébration à l’église, défile dans les rues, propose souvent un grand concert et termine enfin par un copieux et joyeux banquet.

Les concours et les festivals permettent aux formations de se retrouver régulièrement afin de montrer sa valeur, de se confronter aux autres et de progresser dans les classements. Ces déplacements sont très appréciés des musiciens qui leur permettent de voyager gratuitement dans d’autres régions de France et parfois même à l’étranger lors des concours et des festivals internationaux.

fanfare

Une organisation réglementée

Comme toute organisation ou association, une société musicale se doit de déposer sa déclaration de création et ses statuts en préfecture afin de légaliser son existence.

Après avoir réuni ses membres exécutants et ses membres honoraires, un bureau est élu, un lieu de résidence est trouvé. La compagnie ou la commune attribue volontiers une salle des fêtes ou un local afin d’organiser les répétitions et assurer la formation des enfants. Certaines compagnies font même construire des salles de musique permettant d’accueillir les élèves et l’harmonie.

La direction de la société est assurée par un président, généralement le directeur de la compagnie ou le chef de fosse lorsque la société est sous le patronage des mines, et pour la partie musicale, par un chef de musique, musicien émérite ou souvent ancien militaire de carrière recruté par petites annonces. Tous deux choisissent les programmes musicaux des manifestations et des concerts, décident du répertoire et organisent la vie de la société.

La société prête aux musiciens un uniforme et un instrument. Lors des concours ou des festivals, elle organise les déplacements, paie les frais du voyage. Elle assure enfin l’organisation de concerts et du traditionnel banquet de Sainte Cécile.

tambour

Les règles d’une société sont lourdes, défendues par des statuts et par une forte tradition à laquelle le musicien doit se plier. Son engagement, quasi militaire, l’oblige à faire partie de la formation un certain nombre d’années sous peine d’indemnités à rembourser à la société. Il se doit d’être présent à l’ensemble des répétitions et manifestions ; un pointage est effectué chaque semaine et les absents sont passibles d’amendes. Les discussions politiques et religieuses et les jeux d’argent sont interdits dans le cadre de la société. L’ordre et la bonne tenue sont rigoureusement obligatoires lors des sorties et à chaque fois que le musicien représente sa société. Tout manquement à ces règles peut entraîner une sanction ou même une exclusion.

Le costume

Le costume est propre à chaque société et permet d’affirmer par la coupe, la matière, les couleurs et les ornements, ses origines et sa richesse. Il est pendant très longtemps inspiré des uniformes militaires, stricts à boutons dorés et fourragères. Certaines formations choisissent parfois d’adopter la tenue de mineurs : bourgeron blanc et barrette en cuir puis bleu de travail et casque montrant ainsi leur attachement au métier.

La tenue doit être portée avec fierté et respect par le musicien qui doit également l’entretenir convenablement sous peine de sanctions. Un musicien en habit, vu en état d’ébriété sur la voie publique, devait s’acquitter d’une amende.

musiciens

La musique dans la communauté polonaise

Arrivés en masse à partir des années 1920, les polonais se regroupent au sein des mêmes cités et souhaitent créer une vie communautaire soudée à l’image de celle qu’ils ont quittée. Sous l’impulsion de prêtres polonais, une multitude d’associations va alors se développer afin d’animer la vie sociale et culturelle de la communauté. Des chorales, des sociétés de musique vont voir le jour grâce au libéralisme de la loi de 1901, qui permet de constituer aisément un groupement entièrement géré par des étrangers et dont les réunions peuvent se tenir dans une autre langue que le français. A côté des musiciens de mariages ou des joueurs de cornemuses, ces associations prennent la forme de chorales, au répertoire souvent religieux, de clubs de bandonéons, d’accordéons ou de mandolines, d’harmonies, de petites formations dites symphoniques ou encore d’orchestres de bal.

bal

La mine en chansons

C’est à partir de 1880, période troublée par les luttes ouvrières, que se développe une chanson populaire à caractère social et militant. Dans l’industrie textile, plus qu’ailleurs, les ouvriers écrivent et chantent ainsi leurs conditions de travail et leurs revendications. La chanson est alors un puissant vecteur d’idées.

Dans le bassin minier, il faudra attendre la terrible catastrophe de Courrières survenue en 1906 pour que les thèmes de la mine et du mineur fassent l’objet de compositions musicales plus nombreuses. Les auteurs de ces chansons, parfois chansonniers professionnels, ou simples amateurs, composent des textes qu’ils s’empressent de diffuser sur les marchés ou lors des défilés.

Puis progressivement, les thèmes abordés deviennent moins militants, louent Sainte Barbe, parlent des vacances à La Napoule, pour être enfin adoptés par les auteurs patoisants, fiers de leurs racines. L’engouement pour la pratique instrumentale et les orchestres de bal conduit différents éditeurs de musique à imprimer et à vendre des partitions dont les adaptations sont réalisées par de grands musiciens de l’époque. Certaines créations comme La valse des mineurs seront d’ailleurs rééditées plusieurs fois, montrant ainsi un réel intérêt pour ce thème.

 

Les harmonies, fanfares et orphéons

La pratique musicale dans le bassin minier s’organise à l’intérieur de multiples formations qui ont chacune leur spécificité : orphéon, chorale, clique, orchestre symphonique, ensemble d’accordéons, de mandolines ou de trompettes, ou encore groupe folklorique. Les plus nombreuses restent néanmoins les fanfares, les batteries-fanfares et les harmonies qui peuvent dépendre des Mines, des municipalités ou être privées.

 

HARMONIE

Un orchestre d’harmonie (ou harmonie) est l’ensemble musical le plus complet. Il se compose de cinq catégories d’instruments : la petite harmonie (flûte, hautbois, basson), les hanches (clarinettes, saxophones), les cuivres (trompettes, trombones, pistons, cors), les saxhorns (bugles, altos, barytons, basses, contrebasses) et les percussions (timbales, tambours, batteries et accessoires).

 

FANFARE

La fanfare est une formation comprenant trois groupes instrumentaux : les cuivres (trompettes, trombones, pistons, cors), les saxhorns (bugles, altos, barytons, basses, contrebasses, contrebasses à cordes éventuellement) et les percussions (timbales, tambours, batteries et accessoires). Souvent, une section de la fanfare, constituée en batterie-fanfare, est destinée aux défilés et aux représentations extérieures.

VIDÉOS

 archives INA

reportage WEO

la chorale des mineurs polonais de Douai (reportage)

entre-terres, hommage musical aux mineurs

 

REPERTOIRE DE CHANTS POUR LE CYCLE III

     chant           texte et partition
Les molettes  X
Le chevalet de Liévin Le chevalet de Liévin
À l’ombre des terrils  À l’ombre des terrils

 

 Dossier réalisé par François Vanhove – CPC Musique du Bassin de Dunkerque

A venir…